Une colère juste et partagée

Ils sont aujourd’hui 324 à avoir une notification IME, depuis parfois 2 ou 3 ans… à frapper à la porte d’un de nos IME.
J'ajoute qu’ils sont 175 en attente d'un SESSAD.

Leurs familles sont écrasées par le poids de l’attente, elles voient leurs enfants régresser et développer des sur-handicaps notamment comportementaux par manque de réponse suffisante en qualité et quantité. Elles ne peuvent reprendre leur travail et vont encore passer un été dans l’angoisse de la prochaine rentrée… parce qu’elles ne savent pas comment leur enfant sera éduqué en septembre. Et cela n’est infligé qu’aux parents ayant un enfant handicapé.

Les parents m'écrivent des lettres de supplication et d'appel au secours ... leurs enfants sont déscolarisés ou les propositions "de remplacement" qui leur sont faites n'ont rien à voir avec la réalité des besoins de leurs enfants... ils veulent une place à l'IME. L'Ecole, ils ont déjà essayé...

Alors soit l’IME c’est ringard et dans ce cas il ne faut plus proposer de notification IME aux enfants. Soit c’est ce qu’il leur faut et dans ce cas, pas besoin de calculette, le compte n’y est pas ! Nous n’avons pas moyens de bricoler 324 accompagnements de plus avec la RAPT (Réponse Accompagnée pour tous) et le PCPE (Pôle de Compétences et de Prestations Externalisées).

En majorité, il ne s’agit pas d’enfants en « situations complexes » (expression à la mode qui masque le déficit d’interventions disponibles) mais juste de situations « ordinaires » d’enfants handicapés qui ont besoin d’un accompagnement éducatif professionnel régulier qui tient compte de leur handicap, et qui permet à leurs parents d’avoir une vie professionnelle et sociale comme les autres parents, qui n’ont pas à s’occuper de leurs enfants entre 8h30 et 16h30. Je veux bien que cela n’ait pas lieu dans un IME, mais il faut bien que ce soit quelque part, et à deux conditions : que la technicité et la continuité soient au rendez-vous.

Cette colère, l’Adapei la soutient. Ce manque de places (oui de places dans la société) est inadmissible… nous sommes en train de fabriquer de vraies situations complexes… avec un saupoudrage d’interventions éducatives nettement inférieur au temps éducatif octroyé aux enfants ordinaires. Nous violons la Convention des Droits de l'Enfant qui précise que tout enfant a droit à une éducation.

C’est un non-sens humain et économique, car c'est dans l’enfance que l’on peut agir au mieux sur la trajectoire développementale. Et, si par manque d’accompagnement, un des parents doit arrêter son activité professionnelle, ou dans famille monoparentale devoir demander le RSA, les risques de précarisation sont déjà là ! Où est l’efficience du modèle ??

Avec une telle pression, la société inclusive que nous appelons de nos vœux ne peut pas se construire.

Nous sommes effondrés de devoir leur dire NON... nous n'avons plus de place, même en bricolant...
(et bricoler avec des enfants handicapés c'est juste indigne).

Sophie Biette

Présidente de l'Adapei de Loire-Atlantique

 

Aujourd’hui,
Plus de 320 enfants ont une orientation pour entrer dans un de nos IME.
Ces enfants attendent parfois depuis 2 ou 3 ans.
Plus de 170 autres enfants attendent d’être accompagnés par un SESSAD.

Les familles sont épuisées et angoissées par cette attente.
Des parents arrêtent de travailler.
Les enfants régressent.
Des enfants sont déscolarisés.
Des enfants développent de nouveaux troubles

Comment répondre aux besoins de ces enfants ?

Je reçois des courriers d’appel au secours venant de ces parents.
Après avoir essayé l’école, ces parents veulent une place en IME.

Nous sommes abattus de devoir répondre à toutes ces familles par
« NON..., nous n’avons plus de place.. »

L’Adapei soutient la colère de ces familles.
Ce manque de places et de moyens n’est pas acceptable.

La Convention des Droits de l’Enfant précise que
tout enfant a droit à une éducation.
Le droit de ces enfants en attente de solution n’est pas respecté !

Nous souhaitons une société inclusive,
mais elle ne pourra pas se faire avec ces problèmes.

Il ne faut pas de solutions bricolées,
c’est indigne de ces enfants.

Il leur faut un accompagnement éducatif professionnel, régulier, continu,
adapté à leur handicap, en IME ou ailleurs,
et qui permette à leurs parents d’avoir une vie professionnelle et sociale.

 

(Transcription FALC du texte de Sophie Biette)